| ATHLETISME Le 9 octobre, à la veille de l'ouverture, un petit coup de théâtre éclate dans le monde du demi-fond. Le nombre des engagés est si grand sur 1500 m (52 coureurs) qu'il faut disputer un tour supplémentaire. C'est un coup dur pour Michel Jazy engagé sur 1500 m et 5000 m. Les séries du 1500 m seront courues entre la série et la finale du 5000 m. Après une courte réflexion, Michel Jazy se retire du 1500 m. "Il a eu tort, sur 1500 m il n'a qu'un rival, Snell, sur 5000 m ils sont plus nombreux, c'est l'inconnu" disent les uns. "Il a raison, car il est plus fort sur 5000 m et Snell est imbattable sur 1500 m. Or Michel Jazy n'a rien à faire d'une médaille d'argent." disent les autres. Michel Jazy s'est qualifié facilement pour la finale du 5000 m en gagnant la première série. Sur ces séries, outre Jazy, 4 hommes ont produit une grande impression : l'Américain Bob Schul dont le finish est étonnant, le Tunisien Gamoudi, Ron Clarke, l'Australien et encore un Kenyan nommé Kipchoge Keino qui a couru en 13'49"6. Michel Jazy est intrinsèquement le meilleur de cette finale du 5000 m. Il possède l'un des meilleurs temps de l'année, il est aussi peut-être le plus entraîné ; mais il pleut et Jazy n'aime pas la pluie. Parmi tous les coureurs de 5000 m, il est peut-être celui qui a la foulée la plus puissante. Ce que l'on sait c'est que s'il le faut Jazy est capable de courir en moins de 13'30", c'est-à-dire plus vite que le record du monde. Mais, très vite, on sait que la course va être tactique, 2'50"2 au km, 5'39"4 aux 2000 m. De temps en temps le grand Ron Clarke place des accélérations pour tester les concurrents. Jazy réagit au 10ème de seconde. 6ème tour, violente attaque de Clarke, seul Jazy reste dans la foulée, le peloton est à 15 m. Mais Jazy ne relaie pas Clarke. Confiant dans sa vitesse teminale, le Français veut gagner dans le dernier tour sans risquer les aléas d'une échappée au long cours. Clarke jette un coup d'oeil derrière lui et se laisse rattraper par le peloton. Troisième kilomètre : 8'22"4 ! Quatrième kilomètre : 11'15"6. Plus que deux tours. Enfin le stade gronde car l'Américain Dellinger attaque à 500 m du fil. Jazy, superbe d'aisance, le contre et prend le commandemant du peloton regardant à droite et à gauche. Dernier tour : Jazy jette un coup d'oeil à gauche, puis à droite, et soudain il démarre, violent et souple à la fois. Il reste 350 m à courir. Instantanément il prend 10 m d'avance à l'Allemand Norpoth et 15 m à l'Américain Schul. A 200 m du fil Jazy a creusé un trou énorme et il est très facile d'allure. Plus que 150 m à courir...soudain la tête de Jazy commence à rouler sur ses épaules, et sa foulée, brutalement devient lourde. A 100 m du but Bob Schul est sur ses talons, Jazy jette derrière lui un regard désespéré. A 50 m du fil, Schul passe et puis dans les derniers mètres Norpoth et Dellinger. Plus tard, Michel Jazy s'expliquera : "...Il a suffi que le trac passe une seconde dans ma tête pour flanquer par terre toute une partie de mes certitudes des jours précédents... ...J'ai dormi seulement d'une heure du matin à 7 heures environ. Je me suis réveillé trempé de sueur et dehors il pleuvait... ...Dans ma carrière j'avais transpiré 2 ou 3 fois la nuit précédant une course et j'avais toujours été mauvais le lendemain... ...A 200 m de l'arrivée j'aurais paié une fortune que j'étais champion olympique... ...Je me disais "Ça y est ! Ça y est !" et d'un seul coup, en trois foulées, en quelques mètres, mes cuisses sont devenues dures et mes jambes ont brusquement pesé une tonne chacune... Alors j'ai senti les autres arriver, Schul est venu à ma hauteur...et je me suis dit : "Tu es mort !"". Schul, quant à lui, est très placide. Le seul qui n'est pas surpris par la victoire de Schul...c'est Schul. "Jazy marquait Clarke sans cesse, san se rendre compte qu'il s'usait peu à peu. J'éatis sûr qu'il attaquerait à 300 m de l'arrivée...Jamais un Américain n'avait été champion olympique du 5000 m. Voilà qui est fait." Pour la première fois, le 10 000 m va échapper au Vieux Continent. Le dernier tour de ce 10 000 m est un chef-d'oeuvre. L'Australien Clarke, super-favori, n'a pu décramponner le petit Tunisien Gammoudi et un grand Américain Bill Mills. A 200 m de l'arrivée, Gammoudi s'échappe, mais Clarke revient, traînant derrière lui l'Américain. Au même moment où se fait la jonction, Mills qui semblait "mort" se met à sprinter et c'est Clarke qui craque ! Gammoudi est second et un autre Africain l'Ethiopien Wolde est 4ème. Le saut en longueur féminin est remporté par la Britannique Mary Rand. Les 8 finalistes du 100 m sont immobiles dans leur starting-blicks. De l'extérieur vers la corde : Pender (Etats-Unis), Robinson (Bahamas), Maniak (Cuba), Jerome (Canada), Kone (Côte d'Ivoire), Figuerola (Cuba), Schumann (Allemagne), Hayes (Etats-Unis). Le stade tout entier est sous l'émotion de la demi-finale gagnée par Bob Hayes en 9"9 ! Oui, moins de 10" ! Certes un vent arrière de 5,28 m, supérieur à la vitesse autorisée, interdit l'homologation du record. Hayes réssit son départ. Dès lors, il n'y a plus de course, ou plutôt il y en a deux : celle de Hayes en démonstration et celle des autres. 1 m d'avance aux 50 m, 2 m d'avance à l'arrivée, 10", record du monde égalé. Figuerola est second, Jérome 3ème. Maniak et Schumann, les deux Européens, 4ème et 5ème, se tirent bien de ce guêpier. Jamais dans l'histoire du sport olympique, un sprinter n'avait aussi nettement dominé une finale du 100 m. Le fait du jour c'est la troisième victoire consécutive aux Jeux Olympiques du discobole américain Al Oerter. Blessé à l'entraînement, chaque rotation du buste est pour Oerter un supplice. Les Français Genevoy, Delecour et le jeune Bambuck se qualifient tous les 3 pour les demi-finales du 200 m. Victoire des noirs Américains Henry Carr devant Paul Drayton dans un 200 m rapide : 20"3. L'Italien Berruti cède dans la ligne droite et finit 5ème en 20"48. Un autre Italien, Ottolina est 8ème en 20"9. Le Polonais Foik est 6ème en 20"8. La Française Evelyne Lebret, de haute lutte, gagne sa place dans la finale du 400m qui est remporté par l'Australienne Betty Cuthbert. Au triple saut, le Polonais Josef Schmidt, pour sa deuxième compétition de la saison, prouve qu'il demeure, 4 ans après sa victoire à Rome, le maître de la spécialité. Dès le coup de feu du 800 m, le Kenyan Wilson Kiprugut prend la tête du peloton. On n'a pas l'habitude, dans les courses du 800 m, surtout à ce niveau, de voir des coureurs prendre la tête d'entée, de mener un train d'enfer et de gagner. D'ordinaire le 800 m est le domaine de la finesse de la course. Avec cet Africain tout devient limpide. Mais cette tactique, en finale, relève de l'inconscience car ce sont, cette fois, 7 cracks qui suivent Kiprugut. Mais le Kenyan ne s'en soucie guère ; il déploie sa longue foulée avec facilité comme si c'était sa première course. 25" aux 200 m, 51"7 aux 400 m, derrière on grimace mais on suit. Jusque-là Peter Snell a navigué en queue de peloton avec l'air de se désinéresser complètement de cette course. Le Jamaïquain Kerr, se rend compte que Snell est attardé, alors il attaque à fond et tente de passer Kiprigut qui paraît au bout de son rouleau. Surprise, le Kenyan réagit et après 550 m de course il est toujours en tête ! Kerr, surpris, marque le pas, c'est alors que depuis le 8ème position Peter Snell attaque. Dans la ligne opposée, il avale un à un les 7 concurrents sans coup férir. Snell a couru ce 5ème 100 m du 800 m en 12" ! Dans le virage, il est en tête ; Kerr joue son va-tout et s'accroche à la foulée du Néo-Zélandais. Les écarts se creusent, dans la ligne droite, le pauvre Kerr vole en éclats ; surgissent alors Crothers, le Canadien et Kiprugut qui in extremis vient prendre la médaille de bronze à Kerr. Les 4 premiers terminent en moins de 1'46" ! A la salle d'interview, Peter Snell est pressé : "Excusez-moi, mais demain commencent les séries du 1500 m. Je n'ai couru le 800 m que "pour voir" ; le 1500 m est devenu ma véritable spécialité. J'ai mal aux jambes, Kiprugut est un fameux champion qui a durci la course et d'autre part j'ai dû partir de loin car je me méfiais du finish de Crothers." Quant à Kiprugut sa simplicité et sa joie sont en régal : "Moi aussi il faut que j'aille me reposer car je cours le 400 m également. Vous pensez si je suis content, mon meilleur temps sur 800 m était seulement 1'49" avant de venir à Tokyo." Il est 20 h et 8 athlètes sont encore en course pour le titre du saut à la perche. Il y a 7 Européens et 1 Américain en lice. A 5 m, cela devient une affaire germano-américaine. Après l'élimination de Nikula, Blisnetsov et Feld, 4 hommes passent 5 m au premier essai. A 5,05 m, Frederick Hansen passe et Wolfgang Reinhardt aussi ; ils sont seuls face à face. 10 000 spectateurs massés dans le virage surplombant le sautoir suivent, silencieux, ce formidable duel. A 5,10 m, Reinhardt s'éteint lentement, sa course n'est plus aussi vive et son "piqué" moins agressif. Hansen, lui aussi semble au bout du rouleau, il a raté ses deux premiers essais assez nettement. Il est 22h30 et le concours dure depuis 13h30. Il reste un essai à Frederick Hansen qui se promène à l'écart de long en large à la recherche de ce qui lui reste de forces et de pouvoir de concentration. Il prend son élan et au bout de quelques mètres chacun comprend que ce superbe athlète a su rassembler assez de forces ; il va vite, pique sa perche brutalement, s'élève à la verticale, se renverse sur la barre et dans un tonnerre de cris de joie passe très au-dessus de la barre, beaucoup plus haut que les 5,10 m demandés ! Seul contre 7, Hansen a gagné et le règne américain continue dans le saut à la perche. Au lancer du poids, au 4ème essai, Matson déploie ses 2 m et pousse de ses 120 kg l'engin qu'il catapulte à 20,20 m. Aussitôt après, Dallas Long, très calme, répond du tac au tac au jeune géant : 20,33 m. L'éternel O'Brien est 4ème avec le meilleur de tous ses jets olympiques. Il est déçu de céder le bronze à un Européen le Hongrois Varja. Victoire attendue du Belge Gaston Roelants sur 3000 m steeple. Seul le Français Texereau va résister un moment. En saut en longueur, le noir Américain Boston mène la danse devant le Soviétique Ovanesian surnommé le "Prince Igor" avant de s'incliner devant un jeune Gallois, Lynn Davies. C'est probablement la pluie qui inspire notre jeune Gallois qui, à sa 5ème tentative, réussit 8,07 m dans les hurlements de ses camarades. L'Américain réussit 8,03 m. C'est fini, Davies est champion olympique. 10ème médaille d'or pour les Etats-Unis en athlétisme, grâce au vétéran Mike Larrabee, 31 ans, vainqueur du 400 m. Les Français Jean Wadoux et Michel Bernard sont en finale du 1500 m. Sur 1500 m, Snell, qui en est à sa 6ème course, est absolument royal. Son démarrage à 250 m du but foudroie ses adversaires. Seul Bernard a osé au départ "faire quelque chose", durcir la course, mais il était seul. Snell va se retirer triple champion olympique. La Française Maryvonne Dupureur, dont la sérénité et l'équilibre sont admirables, est l'une de celles qui peuvent gagner le 800 m. Maryvonne Dupureur donne dans ce 800 m tout ce qu'elle a de meilleur, attaquant à toute allure à 500 m de l'arrivée. Elle fini par se détacher et seule l'Anglaise Ann Packer peut se lancer à sa poursuite et la rejoindre à 60 m du but. A l'arrivée, 2'1"1 pour Packer qui bat le record du monde et 2'1"9 pour Dupureur qui améliore son record personnel de 2" ! Admirable finale du décathlon : Willy Holdorf, l'Allemand, est vainqueur finalement du Soviétique Aun par un infime écart de 45 points. Mais le 1500 m est un drame. Il ne faut pas que Holdorf concède plus de 16" à Aun, ce dernier étant un excellent coureur. Au terme d'un effort qui dépasse tout ce que l'on a vu en ce domaine à ce jour, Holdorf ne concède que 12" et tombe sans connaissance. Aun est le premier à lui porter secours. Il vient d'entrer dans le stade par la porte du fond : 100 000 personnes regardent Abebe Bikila boucler d'une foulée légère et élastique les derniers mètres du marathon. Abebe Bikila coupe le fil, regarde les tribunes, se met au garde à vous, et salue la foule à sa manière, bras levés, paumes à l'extérieurs. le plus grand marathon de tous les temps vient d'être couru à la moyenne horaire de 19,150 km. Le 4x100 m français est sur le podium. Genevay, Laidebeur, Piquemal et Delecour ont très bien préparé leur coup. Ils sont 3ème derrière les Etats-Unis et la Pologne. Hayes a pris le témoin loin derrière mais sa ligne droite lancée a été phénoménale. Dans la nuit tombante, Valery Brumel gagne le saut en hauteur dont il était le favori. Mais il l'a échappé belle et l'on a bien failli revoir Thomas battre le favori de Tokyo, 2,18 m tous les deux. Le Soviétique gagne aux nombres des essais et avoue : "C'était juste et j'ai eu peur." |
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