ATHLETISME

    L'autre star de ces Jeux s'appelle Paavo Nurmi. Mais cette semaine historique, qui commence le 6 juillet, verra les Finlandais triompher 10 fois.

    Ce premier jour voit un 10 000 m prodigieux. Dès le début de la course, Edvin Wide s'enfuit et Ville Ritola le poursuit. Les deux hommes bouclent les 1500 m en 4'16" ; les 3 km en 8'47"2 ; les 5 km en 15'00"2. Wide est lâché. Ritola a bientôt 30 m d'avance sur lui. Il est sur les traces du record du monde. Ritola est tellement concentré sur sa course qu'il ne s'arrête pas une fois la ligne d'arrivée passée. Le haut-parleur clame :
"Les 10 km en 30'23"2 ! record du monde".

    Le 10 juillet, soit quatre jours après l'exploit de Ritola, qui a encore gagné le 3000 m steeple, voici Nurmi en piste pour l'impossible pari : gagner le 1500 m et le 5000 m à 70 minutes d'intervalle.
    Dans le 1500 m, Nurmi, montre en main, boucle ses 3 tours de piste à l'allure d'un métronome. Stallard et Lowe sont irrémédiablement lâché par ce coureur qui se retient d'accélérer parce qu'il sait qu'il lui reste à affronter Ritola sur 5000 m. Il gagne en 3'53"6 en laissant le second à plus de 10 m.

    Une heure plus tard, il est prêt à affronter Ritola. On pense que le champion olympique du 10 000 m va tout essayer pour éprouver son rival qu'il peut croire fatigué par son 1500 m. Mais les deux hommes cherchent d'abord à assurer le succès de la Finlande. Ils se relaient tour après tour et font lâcher prise au Suédois Wide. C'est alors que Ritola tente sa chance ; il attaque de loin, mais il sait déjà que Nurmi est imbattable. Nurmi passe Ritola et l'emporte avec 2 m d'avance.

    Le 11 juillet, les deux hommes unissent à nouveau leurs efforts pour la Finlande dans le 10 000 m cross-country. Dans cette course, 39 coureurs abandonneront en raison de la chaleur caniculaire qui règne. Nurmi, quant à lui, finit la course avec une avance confortable et continue à courir tout en saluant la foule. Il fut le premier athlète à lancer ses chaussures dans la foule, ce qui en fit la superstar de ces Jeux de Paris.

    Nurmi et Ritola remportent une nouvelle médaille d'or dans le 3000 m par équipe. A eux deux, ils totalisent 7 médailles d'or et 2 d'argent.

    La Finlande remporte 3 médailles d'or supplémentaires.
    La première grâce à Albin Stenroos au marathon.

    Eero Lehtonen, quant à lui, remporte le pentathlon.

    Enfin Jonni Myyra au javelot complète le lot de titre finlandais.

    Les Etats-Unis sont trop heureux, devant un tel déferlement, de s'attribuer 12 titres.
    Mais les 100 m leur échappe puisque l'Anglais Harold Abrahams gagne devant l'Américain Jackson Scholz et le Néo-Zélandais Porritt.

    L'Amérique prend sa revanche sur 200 m où Jackson Scholz devance Charles Paddock, qui se blesse à 10 m du fil avant de déclencher son fameux bond.

    Le 4x100 m est aussi l'apanage des Américains qui battent deux fois le record mondial.

    L'Amérique domine encore sur 110 m haies où, en 15", Daniel Kinsey ne fait cependant pas oublier le Canadien Thomson.

    Sur 400 m haies, Morgan Taylor se voit privé du record mondial, en 52"6, pour avoir fait tomber deux obstacles.
    Géo André s'est bien battu dans cette course, la dernière de sa prodigieuse carrière. Il a tenté le tout pour le tout, a mené pendant 300 m, mais la ligne droite lui a été fatale. André sera 4ème comme à Anvers.

    L'Amérique s'impose par ailleurs au décathlon et en hauteur grâce à un curieux bonhomme à lunettes, Harold Osborn, qui contraindra les officiels à modifier le règlement. Il a, en effet, trouvé un "truc" qui lui permet de gagner 1 ou 2 cm à chaque saut. En sautant, il retient la barre de la main et la repousse contre les montants qui soutiennent les taquets, alors placés à l'extérieur.
    Le Français Pierre Lewden tiendra longtemps en respect son rival et ne s'avouera vaincu qu'à 1,95 m.

    L'Amérique est encore souveraine en longueur avec William DeHart-Hubbard, premier athlète de couleur champion olympique en athlétisme.

    L'Amérique gagne encore à la perche avec Lee Barnes en l'absence de Hoff, le meilleur spécialiste de l'époque.

    Les Etats-Unis font coup double au poids et au disque avec Clarence Houser.

    Au marteau, Frederick Tootell et Matthew Mcgrath enlèvent les deux premières places.

    Le 4x400 m s'offre également aux Etats-Unis avec un nouveau record mondial.

    Hormis la marche où l'Italien Ugo Frigerio confirme sa supériorité établie à Anvers, toutes les autres épreuves seront anglo-saxonnes.

    Le triple saut va à l'Australien Winter. Avec un bond de 15,525 m, il bat le record du monde.

    Le 400 m revient au pasteur écossais Eric Liddell, ailier international de rugby, qui évangélisera la Chine et trouvera la mort, 20 ans plus tard, dans un camp japonais.

    Le 800 m enfin, autre course d'anthologie, voit une lutte entre trois coureurs : Paul Martin, Stallard et Douglas Lowe.
    Paul Martin attaque Stallard et le déborde assez facilement.
    Mais soudain, alors que les deux coureurs s'observent, Douglas Lowe surgit et passe entre eux. Il a bientôt un mètre d'avance.
    Paul Martin hésite. Stallard est mort de fatigue.
    Martin se jette enfin aux trousses de Douglas Lowe. Il reprend 50 cm et rejoint Lowe juste au moment où l'Anglais victorieux arrache le fil.

Douglas Lowe remporte le 800 m

    Le baron de Coubertin est présent au jour de la cérémonie de clôture pour transmettre le blambeau. Lors de ses adieux, il dira :
    "En plus de la compétition, il faut la présence de génies nationaux, la collaboration des muses, le culte de la beauté, tout l'appareil qui convient au puissant symbolisme qu'incarnaient dans le passé les Jeux Olympiques et qu'ils doivent continuer de représenter aujourd'hui."
    Le baron quitte la scène olympique.


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