Ces Jeux de l'austérité sont ceux du pain blanc pour le sport français.
Au lancer du disque féminin, la victoire échoit à Micheline Ostermeyer qui n'a été engagée qu'au tout dernier moment dans une spécialité qui n'est pas la sienne.
Mais Micheline Ostermeyer ne s'est pas déplacée à Londres pour faire de la figuration. Elle lance son engin à 41,92 m et devance, à la surprise générale la favorite, l'Italienne Edera Cordiale-Gentile. La Française Janine Mazéas prend pour sa part une inattendue 3ème place devant l'ex-recordwoman du monde Jadwiga Wajsowna.
En ce 30 juillet 1948, Mimoun est tout étonné de se retrouver en compagnie d'Emil Zatopek dans le 10 000 m.
Le favori est cependant le Finlandais Viljo Heiro, car on imagine mal qu'un 10 000 m olympique puisse échapper à la Finlande.
Mais, dans ce 10 000 m, Zatopek précipite la perte d'Heino qui suit le Tchécoslovaque pendant 7000 m, avant de s'effondrer, épuisé, autant par le rythme infernal imposé par son rival que par l'énorme chaleur qui pèse sur Wembley. Heino ne pourra même pas terminer la course que Zatopek gagne en 29'59"6.
Au saut en hauteur, les Américains présentent trois athlètes de classe : Stamich, McGrew et Eddleman, dont les records personnels s'échelonnent entre 2,02 m et 2,04 m. Ils sont pourtant battus par un Australien peu connu : John Winter. Il est le seul à franchir 1,98 m.
Sur 100 m, les Etats-Unis alignent Mel Patton, recordman du monde du 100 yards, Barney Ewell, âgé de 31 ans et Harrison Dillard. Les autres finalistes sont le Panaméen Lloyd La Beach, le Trinitéen McDonald Bailey qui court sous les couleurs du Royaume-Uni et le Britannique Alistair McCorquodale.
Patton est à la corde, Ewell au 2ème couloir, La Beach au 3ème, Dillard à l'extérieur.
Hypernerveux, Patton se voit infliger un faux départ. Dès le second coup de pistolet, il voit Ewell largement devant lui sur sa droite. Il ne pourra jamais le rattraper et finira 5ème. Ewell termine le sourire aux lèvres, laissant La Beach à plus d'un mètre. Ewell lève les bras en signe de victoire. Mais, le vainqueur de l'épreuve ce n'est pas lui, ainsi que le prouve indiscutablement la photo-finish, mais Dillard qui a couru le 100 m en aveugle, à l'extérieur et qui l'a emporté avec un demi-mètre d'avance en 10"3.
Sur 400 m haies, Roy Cochran s'impose devant l'inattendu Ceylandais Duncan White, En 51"8.
Au marteau, le Hongrois Imre Nemeth, qui a 31 ans, l'emporte avec 56,07 m. Il offre à la Hongrie sa première médaille d'or olympique en athlétisme.
En longueur, Willie Steele domine le concours olympique.
Il s'en faut de peu cependant que Steele ne soit pas en mesure de participer à la finale. Au cours des éliminatoires il a en effet réveillé une élongation à la cuisse.
Steele sait qu'il ne pourra pas tenir tout le concours. Il prend donc tous les risques, met toutes ses forces dans le premier essai : 7,82 m. Il effectue ensuite une seule autre tentative, 7,68 m, qui sera supérieure au meilleur saut du 2ème de cette épreuve, l'Australien Thomas Bruce : 7,55 m.
Sur 5000 m, Zatopek n'a qu'une idée en tête : lâcher Gaston Reiff, son rival avant le dernier tour. Mais aux 3000 m, atteints en 8'33", Reiff est toujours là. Mieux même, il passe en tête à son tour et accélère brutalement à l'instant précis où Emil Zatopek croit pouvoir récupérer avant d'attaquer de loin. Le voici en un clin d'oeil à 20, 30, 40 m derrière Gaston Reiff. Il est même dépassé par le Hollandais Willem Slijkhuis. A la cloche Reiff semble avoir course gagnée. Il précède Slijkhuis de 20 m et Zatopek de 50 m. Mais soudain, alors que Gaston Reiff faiblit dangereusement, Emil Zatopek, revigoré, se lance à la poursuite de ses rivaux en un sprint échevelé. A 250 m du but, il a déjà rattrapé Willem Slijkhuis et n'est plus qu'à 25 m de Reiff, dont l'avance fond à vue d'oeil. Sous les clameurs du public, Gaston Reiff, en détresse, s'est retourné. A mi-ligne droite, il a entendu, sur la piste détrempée, la lourde foulée de son adversaire qui n'est plus qu'à 10 m. A 20 m du but, Reiff semble irrémédiablement battu, quand, dans un ultime sursaut, il trouve la force de se jeter, hagard, sur le fil. Zatopek était sur ses talons. Gaston Reiff, épuisé, a couvert le dernier tour en 69" seulement, ce qui explique mieux l'effarant retour d'Emil Zatopek.
Il pleut pendant le 800 m. Cette pluie ajoute à l'inquiétude des Français qui estiment que Marcel Hansenne aurait de meilleures chances sur une piste sèche.
Face à Hansenne se dressent deux athlètes de classe : le Jamaïquain Arthur Wint et l'Américain Mel Whitfield.
En finale, avec Hansenne, se trouve un autre Français, Robert Chefdhotel. Les deux coureurs ne se sont pas concertés ; par pudeur Hansenne n'a rien demandé à Chefdhotel qui a simplement déclaré : "Je partirai vite".
Whitfield a tiré la corde, Hansenne la ligne 8. Il est presque à l'extérieur, avec à sa droite l'Anglais Parlett.
Hansenne a pleinement conscience, dès l'appel des concurrents, de la difficulté accrue de sa tâche. Sous une petite pluie fine, il voit Whitfield s'agenouiller pour partir comme un sprinter. Il est tellement convaincu que sa position est catastrophique qu'il s'élance mollement et en s'infligeant un handicap de 6 à 7 m.
Chefdhotel a pris la tête comme il l'avait annoncé. Il mène rondement ; Hansenne, en dernière position, cherche d'abord, pendant quelques secondes, une solution au problème avec lequel il est confronté. Il le résoud avec une certaien maestria, puisque après 200 m de cours, il se faufile habilement en 3ème position, dans la foulée de Whitfield. Il a ainsi pleinement rétabli la situation quand l'Américain Chambers se rabat brutalement à la corde, contraignant Hansenne à ralentir et à tout reprendre à zéro ou presque.
Par deux fois, il se heurte à Berten, le troisième Américain de cette finale et au Suédois Bengtsson qui lui font involontairement barrage.
Aux 350 m Whitfield prend l'initiative. Il est passé aux 400 m en 54"2 et a accéléré dans le virage, se détachant légèrement, tandis qu'Hansenne, en 6ème position se bat avec les coudes de Barten et de Bergtsson. Dans la ligne opposée, le Français sait qu'il a 100 m pour jouer sont va-tout. Mais Whitfield est déjà loin devant, avec 5 ou 6 m d'avance. Hansenne ne peut pas revenir sur l'Américain. Il a de surcroît l'amertume de voir surgir, dans les quarantes derniers mètres, Wint qui lui arrache la médaille d'argent. Whitfield gagne en 1'49"2 ; Hansenne est 3ème en 1'49"8.
A la perche, l'Américain Guinn Smith parvient pour sa part à vaincre tous les obstacles. Il souffre, en effet, depuis des mois d'une grave blessure au genou ; il ne court et ne saute que grâce à des infiltrations de novocaïne. Sous la pluie, à 4,20 m, le Finlandais Kataja est en tête au plus petit nombre d'essais. Si personne ne franchit 4,30 m, les Etats-Unis perdront, pour la première fois cette épreuve depuis la création des Jeux Olympiques modernes. Smith, qui boîte de plus en plus, a raté 2 fois ; quant à Karajas et à Richards, ils sont éliminés. Smith change alors de perche, se saisit d'un engin japonais plus flexible et passe à son ultime tentative largement au-dessus de la barre.
Dans le 100 m féminin, une dame blonde plane sur une course qu'elle gagne avec 3 m d'avance sur la Britannique Dorothy Manley et l'Australienne Shirley Strickland. Il s'agit de Fanny Blankers-Koen.
Melvin Patton, Barney Ewell et Lloyd LaBeach sont revenus sur le grand stade pour la finale du 200 m. Mel Patton prend tous les risques au départ : son virage est un modède du genre. Il sort du virage avec 2 m d'avance sur Ewell. Ce dernier se bat dans la ligne droite, revient à la hauteur de Patton qui se jette sur le fil en grimaçant ; il est champion olympique en 21"1.
Wilbur Thompson est champion olympique du poids avec 17,12 m.
Au triple saut, le Suédois Arne Ahman bondit à 15,40 m avant que la pluie ne noie les espoirs de ses adversaires au nombre desquels le Brésilien Da Silva.
A 33 ans, Tapio Rautavaara est couronné champion olympique du javelot avec 69,77 m.
Bill Porter remporte le 110 m haies en établissant un nouveau record du monde.
Fanny Blankers-Koen, pour sa part, est encore là pour gagner le 80 m haies à l'arraché devant la Britannique Maureen Gardner.
La Hongroise Olga Gyarmati enlève la longueur avec un bond de 5,69 m.
Micheline Ostermeyer s'attribue une seconde médaille d'or, au lancer du poids cette fois, avec 13,75 m.
Dans le 1500 m, Hansenne mène pendant 1000 m, mais les Suédois Henry Ericksson et Lennart Strand règlent leur rivalité dans un tête à tête acharné. A la surprise générale, Ericksson, pourtant présumé moins rapide que son compatriote, l'emporte au sprint.
Les Français attendent beaucoup du 3000 m steeple où Raphaël Pujazon paraît devoir dominer la situation face à des coureurs suédois qui sont loin de posséder sa valeur pédestre. Mais, après 4 tours de piste, Raphaël Pujazon se tient soudain l'estomac au saut de la rivière. La mort dans l'âme, il est bientôt lâché par Thore Sjoestrand et Erik Elmsaeter et abandonne.
Dans l'histoire olympique, cette journée du 5 août demeure marquée par la plus dramatique épreuve des Jeux de Londres, le 400 m.
Les deux premiers du 800 m, Wint et Whitfield s'y retrouvent mais ni l'un ni l'autre n'y font figure de favori. Un autre Jamaïquain, Herbert McKenley, paraît en effet imbattable. Mais McKenley est beaucoup moins résistant que son compatriote Wint.
Pour son malheur, la finale a lieu moins de deux heures après les demi-finales. McKenley n'a pas pleinement récupéré quand il démarre au deuxième couloir. Wint, à la 3ème ligne, est avalé en quelques foulées, Aux 200 m, McKenley est chronométré en 21"4 ; Wint est à près de 10 m. McKenley ne peut plus être rejoint. Mais 150 m du but, sa foulée se fait soudain plus étriquée, tandis que celle de Wint s'allonge. A 50 m du but, McKenley a encore 5 m d'avance, mais il n'avance plus. A 20 m de l'arrivée Wint le rejoint et le bat d'1,50 m. McKenley ne sera jamais champion olympique individuel.
Fanny Blankers-Koen survole le 200 m qu'elle gagne avec 7 m d'avance sur la Britannique Audrey Williamson.
Le lendemain, elle apporte une 4ème médaille d'or à la Hollande, en effectuant un nouveau coup d'éclat dans le dernier parcours du 4x100 m au cours duquel elle arrache la victoire à l'Australienne Betty McKinnon.
Le décathlon ne prend fin qu'à 23h30 sous la pluie et dans le vent, devant des gradins déserts. Un Français de 24 ans, Ignace Heinrich, et un jeune Américain de 17 ans et demi, Bob Mathias, se sont livrés, avant d'aboutir à l'ultime épreuve, le 1500 m, une bataille acharnée de 36 heures.
Au terme de la première journée, Mathias a pris un léger avantage sur Heinrich, mais rien n'est encore fait après la 6ème épreuve, le 110 m haies où Heinrich réduit de quelques points son retard. Le disque, que est le point fort des deux athlètes, coûte cher hélas au Fraçais qui y perd au moins 200 points en ne réussissant que 40,94 m contre 44 m à son adversaire. La perche ne fait que confirmer la tendance qui se dégage.
Mathias doit encore disputer deux épreuves, le javelot et le 1500 m, alors qu'Heinrich a déjà terminé son décathlon. Grâce à une course énergique, Ignace Heinrich totalise 6974 points. Mathias, pour le battre, doit marquer 762 points en deux épreuves. Ses 50,32 m au javelot lui permettent d'aborder le 1500 m avec un passif de moins de 200 points. Il lui suffit de couvrir les 1500 m en 5'49" pour devancer le Français. Mathias finit son 1500 m en 5'11".
Le 4x400 m voit se dérouler un vrai drame : les Américains ont pris le large ; mais quand Wint s'élance, au troisième relais, derrière Cochran, la Jamaïque est loin d'être battue, car elle possède encore en McKenley un second atout décisif. Mais McKenley ne peut défendre ses chances. Wint, qui a repris 6 à 7 m à Cochran, s'effondre soudain sur la piste, foudroyé par un claquage.
Les Français, à près de 5" des Américians arrachent une médaille d'argent inespérée.
Le 4x100 m est dominé haut la main par les Américains. Mais un juge a vu Ewell passer le témoin hors limite à Wright. Les Britanniques montent sur la plus haute marche du podium alors qu'Avery Brundage dépose une réclamation que la vision d'un film viendra appuyer d'une manière déterminante. 48 heures plus tard, les Américains seront rétablis dans leurs droits.
Dans le marathon, le Belge Richard Gailly a longtemps mené tambour-battant.
Au 20ème kilomètre, il possède 1'30" d'avance sur l'Argentin Delfo Cabrera, qui dispute son premier marathon, et plus de 2' sur Heino qui ne tarde guère à abandonner.
Aux 30 km, Gailly caracole toujours en tête, mais Cabrera n'est plus qu'à 50". C'est alors que le Coréen Yung Chil Choi surgit de l'arrière et se détache.
Au 35ème km, il mène avec 25" d'avance sur Cabrera qui a rattrapé Gailly. Le Coréen, qui a trop présumé de ses forces, est brutalement pris de crampes. Il disparaît à 2000 m du but.
A moins de 1 km de Wembley, Gailly démarre, prend plus de 100 m à Cabrera qui est suivi de près par le Britannique Tom Richards. Gailly pénètre dans le stade, sous les acclamations de 80 000 spectateurs qui n'ont pas manqué de remarquer combien le Belge est fatigué. Gailly titube sur la cendrée. Il est presque inconscient quand Cabrera le double à 200 m du but. Gailly recevra une médaille de bronze qui n'effacera pas son immense détresse.