Le premier vainqueur des Jeux d'Helsinki est Walter Davis ; il mesure 2,04 m et précisément 2,04 m lui suffisent pour enlever le titre du saut en hauteur.
Sous les yeux de Hannes Kolehmainen et Paavo Nurmi, Emil Zatopek entame sa ronde fantastique dans un 10 000 m qu'il va marquer de son empreinte. Les espoirs finlandais reposent sur les épaules de Koskela et de Posti. Koskela est lâché dès les 3000 m, Posti ne tiendra guère plus de 6000 m et terminera 4ème. Un seul homme résiste opiniâtrement à Zatopek, Mimoun. Le Français ne s'inclinera qu'aux 8000 m. Mimoun remporte la médaille d'argent en 29'32"8. Il établit un excellent record national et ne concède que 120 m à son rival.
La finale du 100 m a qualifié la plupart des meilleurs coureurs présents à Helsinki, mais il n'empêche que le favori de l'épreuve-reine est le Jamaïquain Herbert McKenley, un spécialiste de 400 m, ce qui situe le niveau.
Tous les regards sont tournés vers McKenley.
Mais McKenley ne sera pas champion olympique du 100 m. Il n'est pas précisément un bon partant. Quand il parvient à lancer sa longue foulée, aux 40 m, il compte 1 m de retard sur le moins coté des trois Américains, Lindy Remigino. Il le remonte progressivement pour finalement n'échouer que de quelques centimètres contre le plus inattendu vainqueur du 100 m de tous les temps.
La victoire de Charles Moore, dans le 400 m haies, est le contraire d'une surprise.
Moore distance, sur une piste détrempée, le Soviétique Yuri Litujev et réalise 50"8.
L'Italien Pino Dordoni remporte le 50 km marche.
La razzia américaine est totale en cette 2ème journée des Jeux.
Au lander du poids, les Etats-Unis s'attribuent un triplé. Le vainqueur est un jeune athlète de 20 ans, à la silhouette harmonieuse, Parry O'Brien, qui à la particularité de lancer à l'encontre de tous les principes établis. Il réalise un jet de 17,41 m, jet qui lui vaut le titre olympique pour 2 petits centimètres au détriment de son compatriote Darrow Hooper.
A la perche, le révérend Bob Richards qui a longtemps été tenu en respect par son compatriote Don Laz et qui a finalement le dernier mot en franchissant 4,55 m, se taille un joli succès auprès des journalistes en déclarant : "Je suis le seul prêtre au monde qui tente d'aller au ciel par ses propres moyens".
En longueur, c'est le drame pour George Brown. En finale, trahi par ses nerfs, il mord trois fois et est éliminé d'un concours qui est enlevé modestement par Jerome Biffle avec 7,57 m.
Au disque, la déception d'Adolfo Consolini est grande également. L'éclatante jeunesse de Sam Iness a le dernier mot avec un jet de 55,03 m.
La reine du sprint se nomme Marjorie Jackson. Elle gagne en 11"5, record mondial égalisé et laisse la Sud-Africaine Daphne Hasenjager à 3 m.
Marjorie Jackson remporte également, quatre jours plus tard, le 200 m, en distançant la Hollandaise Bertha Brower de 5/10ème.
Melvyn Whitfield demeure le maître du demi-fond. Il est pourtant à court de forme. Il n'a repris l'entraînement qu'au début de la saison olympique et à Helsinki, il n'a plus la condition éclatante qui était la sienne à Londres en 1948. Mais Wint non plus n'est pas dans ses meilleurs dispositions. Le grand Jamaïquain tente pourtant le tout pour le tout, passe au 400 m en 54"2, mais ne peut rien contre l'accélération de Whitfield à 250 m du but. Whitfiel préserve jusqu'au bout un avantage de 1,50 m et termine curieusement dans le même temps qu'à Londres, 1'49"2.
C'est la consternation dans le stade d'Helsinki : les Finlandais sont battus au javelot, et qui plus est par deux Américains inconnus du public finnois. Toivo Hyytainen, champion d'Europe à Bruxelles en 1950, se contente de 71,89 m. Soini Nikkinen, quant à lui, termine 8ème. Le vainqueur Cyrus Young réussit un lancer de 73,78 m. Il devance son compatriote William Miller avec un lancer de 72,46 m.
Sur 200 m, Andrew Stanfield, qui a couru très relâché pendant 120 m, termine brillamment et domine son rival américain Thane Baker dans les 40 derniers mètres. En 20"7, Stanfield rejoint Jesse Owens, crédité du même temps, 16 ans plus tôt à Berlin.
Au triple saut, le public finlandais font un triomphe au Brésilien Adhémar Ferreira Da Silva qui, par deux fois, bat le record du monde : 16,12 m et 16,22 m. Ses bonds de panthère noire ont raison de l'opiniâtre Soviétique Léonide Tcherbakov qui a la consolation d'améliorer son record d'Europe, 15,98 m.
En longueur féminine, Alexandra Tchudina mène longtemps le concours avec 6,14 m, mais au 4ème essai elle voit surgir la Néo-Zélandaise Yvette Williams qui bondit à 6,24 m, approchant ainsi d'un centimètre le record mondial de Fanny Blankers-Koen.
Le Hongrois Jozsef Csermak est le premier lanceur à dépasser les 60 m au marteau.
La Hollandaise Fanny Blankers-Koen tire sa révérence sur une chute spectaculaire dans le 80 m haies remporté par Shirley Strickland de la Hunty.
L'événement, c'est le 5000 m que vont vivre intensément 70 000 spectateurs. 4 Jours après le 10 000 m, Zatopek est à nouveau le favori de cette épreuve, malgré des adversaires de taille : le Belge Reiff, l'Allemand Schade, les Anglais Pirie et Chataway, le Français Mimoun.
Schade mène dès le départ. L'allure qu'il imprime à la course, a raison de Reiff qui, brusquement, à 1200 m du but, lâche prise. Ils sont encore quatre, ensemble, quand Chataway, à 300 m de l'arrivée, tente sa chance. Zatopek, buste rejeté en arrière, souffre 1000 maux ; il perd insensiblement contact. Schade lui aussi est en difficulté. Seul Mimoun paraît être à l'aise. Il a répondu avec facilité à l'attaque de l'Anglais. Il pourrait le dépasser avant le virage, mais Mimoun n'ose pas. Il ne sait pas en effet que, derrière lui, Zatopek a perdu du terrain, qu'il est même très mal en point et qu'une nouvelle accélération aurait définitivement raison de ses dernières forces. Encore 200 m : Mimoun se décide enfin car il a senti que le train faiblissait. Il se rue en tête, mais Zatopek, grâce à un bref ralentissement, a pu réduire son retard. Soudain régénéré, il revient à la hauteur de Mimoun et de Chataway et les double avant le virage. Personne, même pas Mimoun, ne peut demeurer dans sa foulée. Mimoun enlève une nouvelle médaille d'argent en pulvérisant le record de France qu'il a établi en série : 14'7"4. C'est en passant la ligne d'arrivée qu'il a compris que Zatopek n'était pas invulnérable.
Quelques minutes après son propre triomphe, Zatopek a la privilège d'assister au couronnement de son épouse, Dana, qui, dès le premier essai, s'impose au javelot à la Sovietique Alexandra Tchudina grâce à un jet de 50,47 m.
Dans le 3000 m steeple, l'Américain Horace Ashenfelter ne figure pas parmi ceux que l'on considère comme des prétendants sérieux au titre. Les faveurs du pronostic vont au Soviétique Kazantsev et au Finlandais Rintenpaa. Arrivé à Helsinki avec un record personnel de 9'6"4, Ashenfelter l'emporte en 8'45"4, meilleur temps mondial, après avoir lâché Vladimir Kazantsev au saut de la dernière rivière.
Le 400 m se termine par une nouvelle déconvenue pour Herbert McKenley. Cette fois, McKenley trouve sur sa route George Rhoden. McKenley, qui a acquis une certaine prudence avec l'âge, prend un départ très lent, il compte 10 m de retard sur Wint et 5 m sur Rhoden. McKenley rattrape Wint, fatigué par son 800 m, mais il ne remonte pas complètement Rhoden contre lequel il échoue pour quelques centimètres : 45"9 pour les deux athlètes.
Josy Barthel, un Luxembourgeois de 25 ans, contrôle et gagne le 1500 m de main de maître.
A Helsinki, il n'est pas le favori de cette épreuve. L'Allemand Werner Lueg paraît être imbattable. Un autre Allemand s'est également qualifié pour cette finale très attendue : il s'agit de Rolf Lamers, qui se sacrifie pour son compatriote dont on présume que la meilleure chance est une course au train rapide de bout en bout.
Mais Lamers ne remplit qu'imparfaitement son rôle de lièvre. Il n'atteint les 800 m qu'en 2'1"4 sans mettre en difficulté qui que ce soit. Quand Lueg décide de passer à l'action, aux 1000 m, couverts en 2'32"8, neuf coureurs sont encore groupés. Pourtant Lueg compte bientôt 5 m d'avance. Mais à 200 m de l'arrivée, la meute de ses poursuivants se rapproche et particulièrement Barthel. A 50 m du but, il est au niveau de Lueg, qui n'en peut plus et jette un regard désespéré dans la direction du Luxembourgeois. Barthel déjà se relâche ; il tient sa victoire.
Mais à sa droite surgit un autre coureur, l'Américain Bob McMillen. Il est revenu à grandes enjambées et a rattrapé Barthel. Trop tard, le Luxembourgeois a déjà passé la ligne.
Après l'arrivée, Josy Barthel dira : "C'est comme je l'avait rêvé en secret, j'ai levé les bras, j'ai souri et j'ai passé la ligne d'arrivée."
En fin d'après-midi, dans un autre 1500 m, celui du décathlon, Bob Mathias est revenu disputer le neuvième et dernier décathlon de sa carrière. A Helsinki, Mathias fait bonne mesure : non seulement il enlève son deuxième titre devant ses compatriotes Milton Campbell et Floyd Simmons, mais encore il améliore son propre record du monde de plus de 400 points.
Ignace Heinrich, deuxième à Londres, est là lui aussi. Il est l'athlète que Mathias craint le plus. Hélas, dès la deuxième épreuve, le saut en longueur, où Heinrich franchit 7,10 m, le Français se blesse : vertèbre déplacée. On fera une piqûre à l'infortuné Alsacien qui repartira vaillamment au combat. Il franchit 1,88 m en hauteur alors qu'il espérait 2 m. L'épreuve suivante, le 400 m, n'arrange rien. Heinrich passera une nuit épouvantable. Il se présente cependant aux épreuves du lendemain. Heinrich, finalement, ne se rendra à l'évidence qu'après le 110 m haies, qu'il termine en 16", tordu de douleur. Mathias a compris que c'est fini ; il s'approche du Français et tente de le réconforter.
Les Finlandais, qui n'ont pas obtenus les médailles qu'ils attendaient, veulent cependant croire au miracle dans le marathon où ils comptent sur Hietanen.
Mais Emil Zatopek est encore là, auréolé de ses 2 médailles d'or. Sous le regard de Paavo Nurmi il se lance dans cette dangereuse aventure qu'est le marathon.
Zatopek est sans inquiétude. Il aborde pour la première fois les 42 km de la terrible épreuve, 3 jours seulement après le très dur 5000 m où il a été à la limite de ses possibilités.
Il s'est permis de laisser du champ à l'Anglais Peters qui possède jusqu'à 80 m d'avance. Mais bientôt le Britannique baisse pied et, Zatopek, accompagné du Suédois Jansson, le dépasse. Au 20ème km, atteint en 1h4'27", les deux hommes sont au coude à coude. Zatopek accélère progressivement. Au 23ème km, il se reourne et constate que Jansson est à 10 m de lui.
Au 30ème km, une courte défaillance le contraint à rouler son maillot et à le remonter autour du torse. Mais Zatopek se remet vite et remporte le marathon.
Après le marathon, c'est l'apothéose des relais.
L'Australienne Marjorie Jackson, qui possède 6 m d'avance au moment où Winsome Cripps lui transmet le bâton, laisse échapper le témoin et une imparable 3ème victoire. Le titre va donc aux Américaines qui devancent d'un souffle les Allemandes. Record du monde pour les deux équipes en 45"9 ; mais les Australiennes auraient approché les 45".
Le 4x100 m masculin revient également au quatuor américain. Mais les Soviétiques menaient encore largement au troisième passage grâce à ler remarquable technique.
Dans le 4x400 m, les Américains ne feront pas la loi. Les Jamaïquains alignent Wint, Laing, McKenley et Rhoden. L'Américain Matson et le Jamaïquain Wint passent le témoin presque en même temps, mais face à Laing, Cole fait le trou. Il effectue un parcours exceptionnel en 45"5 que les Américains eux-même n'attendaient pas. Quand McKenley s'élance à la poursuite de Charles Moore, champion olympique du 400 m haies, il est à 12 m du représentant des Etats-Unis. C'est la dernière course de McKenley, son ultime chance de devenir champion olympique. Derrière Moore, dont le record personnel est de 46"6, McKenley refait peu à peu le terrain perdu ; il rattrape l'Américain à 40 m du but et passe le témoin avec 50 cm d'avance à Rhoden. McKenley a bouclé son tour de piste en 44"6. Il reste cependant à Rhoden, champion olympique du 400 m, à parachever le fantastique exploit de son compatriote face à Whitfield, champion olympique du 800 m. Rhoden mène, Whitfield suit.
Les deux hommes demeurereont en équilibre jusqu'au bout, Rhoden s'assurant un mince avantage dans les ultimes foulées. L'exploit des Jamaïquains constitue une énorme sensation : 3'3"9, soit moins de 46" de moyenne. C'est le 14ème record battu en une semaine...